Retrouvailles #1

©2010 Benoit FACCHI

Ce week-end dernier j’ai rendu visite à un jeune Tibétain que j’avais rencontré en 2008 lors de mon reportage dans le Ladakh. A ce moment je suivais une équipe médicale tibétaine allant à la rencontre des nomades réfugiés tibétains du Changtang, la zone himalayenne proche de la frontière avec le Tibet.
Dans le camp ,de Samaad, j’ai fait la rencontre de Pema, fils de nomade né dans la tente de ses parents 27 ans plus tôt. L’emplacement de ce camp était vraiment hostile, de la roche uniquement à des kilomètres à la ronde, pas un seul arbre ou végétaux en vue. Je me rappelle à cet instant que je m’étais demandé comment on pouvait survivre dans une zone si rocailleuse et inhabitable… La réponse fut vite trouvée : une pompe à eau avait été installée par le gouvernement indien au milieu de ce no man’s land…
Pema était en vacances à cette époque, il me disait qu’il s’ennuyait et qu’il avait le mal d’altitude… un comble pour un fils de nomade éleveur de yacks ! Étant le seul à parler anglais sur ce camp, on a vite sympathiser et grâce à lui, Laetitia mon amie journaliste a pu questionner certains nomades (ils n’ont pas appris l’anglais et ne croisent pas ou presque peu de touristes, ces zones sont surveillées de près par l’armée indienne).
Je l’ai retrouvé cette année à Dharamshala, où le gouvernement tibétain en exil est installé et a mis en place plusieurs « TCV », les Tibetan School Villages ou les écoles pour tibétains réfugiés (ceux nés en Inde vont dans des écoles privées). Pema est prof d’anglais, il travaille et loge dans le « lower TCV Dharamshala », et est maintenant fiancé à Tenzin, une jeune tibétaine à la recherche d’une place (rare) dans une nurserie (comme un tiers des réfugiées tibétaines). Il travaille en CDI, et gagne 80euros par mois environ, ce qui lui permet tout juste de subvenir à son couple, heureusement il ne paie pas pour sa petite chambre et les repas de midi sont pris en charge par l’établissement. Pema n’est pas encore fonctionnaire, de ce fait il est embauché uniquement pour un an avec un salaire diminué.
Pour pouvoir passer son dernier certificat et devenir professeur titulaire, il doit économiser environ 500 euros pour payer tous les frais administratifs et ses dépenses pendant le temps de la formation. Il m’a parlé de ce soucis quand je lui ai demandé comment s’était passé cet hiver pour les nomades de son camp vivant à plus de 4000 mètres d’altitude dans de simples tentes. Il a été très difficile, beaucoup d’animaux sont mort, les troupeaux sont diminués : des chèvres, moutons, chevaux… et même 10% des yacks de ses parents. Sa famille et lui comptait sur la vente d’un animal ou deux pour l’aider financièrement, mais malheureusement cela n’est plus possible aujourd’hui, en tout cas plus pour cette année.
L’exposition qui vient de se terminer au PNRBV a dégagée un certain bénéfice au profit de l’association Échanges Himalayens, j’ai décidé de lui en donner une partie.
Je me joins à Pema pour remercier tous ceux qui m’ont soutenu et aidé lors de cet évènement !

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