Benoit

Benoit est Dogon, il a 23 ans. Je l’ai rencontré à Bamako, la capitale du Mali. Il est gardien d’une maison dans le quartier de Fassokanou.

©2010 Benoit FACCHI


« Mes parents sont catholiques, c’est pour cela qu’il m’ont donné ce prénom. Je viens de Koulousakourou, un petit village près de Mopti dans l’arrondissement de Koro. Ma maison en bangoro (en terre) est accrochée à une petite colline du pays Dogon.

Depuis deux ans, en période d’hivernage je cultive la terre avec mes parents pendant deux mois, puis je passe les dix autres mois de l’année à Bamako pour faire du gardiennage.

©2010 Benoit FACCHI

Grâce à ce travail à Bamako, je peux permettre à mes trois jeunes frères d’avoir la chance d’étudier. Chaque mois, je gagne 40000 FrCFA (60€) sur lesquels j’économise 25000 FrCFA (38€) qui serviront à participer aux frais de scolarité, de logement et de nourriture des plus petits, dans l’espoir qu’il parviennent dans le futur à décrocher un job de fonctionnaire ou autre…

La maison que je garde appartient à un « richard » malien qui la loue à des touristes ou hommes d’affaires de passage. La plupart du temps les patrons sont durs avec moi, en particulier les riches africains qui me demandent souvent de faire des tâches supplémentaires comme le ménage, s’occuper des plantes, la vaisselle, la lessive ou les courses…sans jamais me donner le moindre pourboire ou m’ offrir à manger.

©2010 Benoit FACCHI

L’an dernier, un américain est venu pour un mois, je ne l’oubliera jamais ! Avant de partir, il m’a fait cadeau de 50000 FrCFA (75€) qui m’ont permis d’acheter 50kg de riz, 50kg de mil, un sac de grains pour nos deux vaches et même une nouvelle charrue !

Je suis très chanceux, car beaucoup de jeunes de mon village qui ne possèdent rien, même pas de vêtements, aimeraient travailler à Bamako comme moi une partie de l’année. J’aurais aimé faire des études comme mes jeunes frères, pour ensuite gagner d’avantage, avoir un meilleur boulot comme celui de professeur pour pouvoir aider les jeunes de mon village. Mais je dois accepter la vie que Dieu m’a donnée.

©2010 Benoit FACCHI

La France pour moi est synonyme d’un avenir meilleur. Si je trouve un moyen, quel qu’il soit, j’irai travailler là-bas. Je rêve de pouvoir construire un jour une grande maison à Bamako pour toute ma famille, surtout pour mes parents pour pouvoir m’occuper d’eux quand ils seront vieux. Je rêve de grosses voitures, d’une belle femme aux formes généreuses, qui soit douce et très croyante, quelque soit sa race ou religion. Il faut croire à l’existence de Dieu, il est partout. Il donne tout et crée tout. Dieu est tout pour moi.

Le Mali est mon pays, je l’aime beaucoup, car c’est un pays en paix, sans guerre, sa culture est basée sur la tolérance, l’entraide et la tranquillité. Mais aujourd’hui, les jeunes cherchent de plus en plus à ressembler aux européens et deviennent vulgaires… si seulement ils pouvaient devenir croyants et tolérants ! D’après moi, les adultes devraient revoir l’éducation des jeunes, surtout à Bamako. La vie c’est le respect mutuel, ne pas nuire à son prochain. L’argent en fait aussi parti : si Dieu te crée pauvre tu dois l’accepter, pour le riche c’est pareil. Vis comme Dieu t’a créé, naturellement.

Cette année, j’ai deux objectifs : acheter un téléphone portable pour pouvoir communiquer avec ma famille, et un vélo pour mon frère pour aller à l’école qui est loin du village. L’idéal serait d’ajouter à cela un peu d’engrais et du matériel de culture pour améliorer notre production et ainsi pouvoir économiser de l’argent sur la nourriture quotidienne.

©2010 Benoit FACCHI

Ma famille possède 4 hectares à cultiver, sans machine. On a une charrue mais pas assez de boeufs. Il manque aussi de l’engrais, la terre est très pauvre. Tu sais, pour avoir de l’argent il faut d’abord manger ! Les gens n’ont pas d’argent supplémentaire pour développer les villages, améliorer leur vie. L’argent sert uniquement à se nourrir, il n’en reste plus pour d’autres projets… Comment s’assurer un avenir, une pension de retraite avec une telle vie ?

Les ONG devraient développer des moyens de se nourrir dans les zones les plus reculées, sans rendre les villageois dépendants de ce soutien… J’aimerais aussi que les touristes ne se limitent pas seulement aux endroits touristiques du Mali, il faut qu’ils aillent voir la réalité : les gens ont faim !  »

©2010 Benoit FACCHI

Si vous souhaitez aider Benoit dans ses projets, je peux servir d’intermédiaire jusqu’à mon départ du Mali le 21 janvier.
Envoyez moi simplement un mail à contact@cliche-bf.fr.

©2010 Benoit FACCHI

Initié (merci en bambara)

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2 Répondre à  “Benoit”
  • Lionel

    Bonjour Benoit
    nous nous sommes rencontrés sur les cretes le jour ou il y avait beaucoup de brouillad, j’espere pour toi que tout va bien, nous entendaons beaucoup chose à la télévision, rentre vite dans notre région, ça serait bien.
    @ lionel

  • Arnaud

    Belle rencontre et belle initiative d’en faire un portrait.
    A suivre…

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