
Hier matin, la direction du Salon International du Tourisme et des Voyages (SITV) de Colmar m’a appelé en urgence car une exposition venait être annulé à la dernière minute… un mur de 24m de long était prévu à cet effet, il aurait été dommage de le laisser vide ! On m’a donc proposé d’exposer une série de photo.
Cette année, la Chine est le pays invité d’honneur du salon… une bonne occasion pour moi de parler du peuple tibétain en exil en Inde.
J’ai proposé l’exposition Amchi, un médecin au service des nomades tibétains que j’ai présentée en février dernier à Munster à la Maison du Parc Naturel des Ballons des Vosges. En fait, c’est la seule expo qui était déjà prête et encadrée, je n’aurais jamais eu assez de temps pour en monter une nouvelle en 1 journée !

Censure du SITV :
Ce travail comporte une série de 38 photos accompagnées de quelques panneaux explicatifs, dont un panneau expliquant la situation au Tibet, plus précisément celle des nomades des plaines himalayennes que le gouvernement chinois pousse à la sédentarisation.
Une fois l’expo montée, les 31 cadres accrochés (pas de place pour tout exposer), une équipe de la direction est venue découvrir mon travail et a exigé le retrait de ce panneau, pour ne pas froisser l’office de tourisme chinois invité d’honneur.
J’ai finalement accepté, car je me doutais bien que si j’avais annoncé clairement la couleur dès le départ, jamais on ne m’aurait permis d’exposer mes images… et point de vue !
Voilà donc le texte du panneau en question :
Situation du Tibet
Le Tibet, un état jadis souverain et indépendant, est occupé de force par la Chine depuis 1959. Au nom de la libération et du progrès économique, les chinois ont colonisé le « toit du monde » en procédant à une acculturation systématique de la population tibétaine. Au total, 7,5 millions de chinois ont été transférés dans la région dite autonome du Tibet, tandis que les tibétains n’y sont plus que 6 millions.
Près de 200 000 tibétains (5 % de la population totale) ont fui leur pays au péril de leur vie et vivent actuellement en exil, principalement en Inde mais aussi au Népal, au Bhoutan, en Europe et aux États-Unis. La culture singulière et millénaire d’un peuple a été sciemment éradiquée en moins de vingt ans et il n’est pas exagéré de parler de génocide culturel. Déjà en 1959, la Commission Internationale des Juristes, dans un rapport intitulé » La question du Tibet et la primauté du Droit « , déclarait qu’il existait des preuves de génocide au Tibet. Le Dalaï Lama et le gouvernement tibétain en exil estiment à plus d’un million deux cent mille le nombre de leurs compatriotes morts depuis 1950 du fait de la politique chinoise.
Aujourd’hui encore, les tibétains sont privés de leur liberté d’opinion, d’expression et de religion, et sont arrêtés, torturés et emprisonnés de façon arbitraire. L’éducation des enfants se fait en langue chinoise et les femmes seraient soumises à un programme d’avortement et de stérilisation forcé.
Pendant la période pré-JO, entre le 10 mars (début des manifestations à Lhassa) et le 31 juillet 2008, malgré les communiqués rassurants des autorités chinoises parus dans les médias internationaux, le gouvernement tibétain a recensé officiellement 218 tibétains tués, près de 1300 blessés et plus de 6700 arrestations et/ou emprisonnements.
Sédentarisation forcée des nomades tibétains
La Chine a élaboré une stratégie visant à déraciner et à urbaniser définitivement l’ensemble des nomades du Tibet afin de promouvoir le développement économique, mais surtout dans le but de contrer l’influence du Dalaï Lama, les sédentaires étant bien plus faciles à maîtriser.
Les autorités ont lancé des programmes de sédentarisation forcée des éleveurs dans des ensembles d’habitations collectives sommaires hors de leurs territoires. Ces transferts ont été décidés sans consultation ni consentement des populations : il s’agit donc d’une nouvelle violation des droits humains au Tibet.
Les éleveurs reçoivent une compensation financière mais ne bénéficient d’aucune formation ou de reconversion à ce nouveau mode de vie sédentaire qui les entraîne inéluctablement vers la pauvreté.
Les nomades tibétains que nous avons rencontrés dans le Ladakh ont choisi de traverser la frontière il y a 50 ans pour vivre librement en Inde. Mais aujourd’hui, toute fuite est impensable pour un éleveur et son troupeau qui seraient vite repérés par les nombreuses milices chinoises qui surveillent la frontière.
(texte Laetitia Scuiller)
Sans vouloir être parano, j’ai vraiment l’impression qu’au fur et à mesure que la Chine devient puissante, nous, pays soit disant développés, devons nous rabaisser à leurs exigences, tout ça parce que l’argent passe avant tout, c’est l’économie qui gouverne notre monde… Lors de la dernière visite du président chinois en France il y a quelques semaines, le pays des droits de l’homme s’est fait tout petit et a adopté la censure.
Comme le conclu cet article du Post, « La démocratie en France fait de grands pas… vers le modèle chinois. »
Paolo Bosonin, qui suivait des manifestants pro-tibétains lors de la visite du président chinois Hu Jintao à Paris pour iTélé, s’est vu confisquer pendant 2 heures sa carte de presse et sa pièce d’identité par les forces de l’ordre. La scène a été filmée avec un téléphone portable.
Arrestation d’un Militant « Tibet Libre » à Nice… où va la liberté d’expression ?

L’expo est donc en place pour tout le week-end au Parc des Exposition de Colmar, dans l’espace « Solidarissimo » (Hall 5), dédié au tourisme et à l’économie solidaire.
Je remercie Raymond Seiller, décorateur, qui a mis en place toute l’exposition.